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Cambodge : Nouveau combat contre la pauvreté en zone rurale Bulletin n°84 - Juin 2006 Fidèle à sa mission, Enfants&Développement vient d'entreprendre un nouveau projet dans 6 communes des districts ruraux de Basseth et Kong Pisei, au sud de Phnom Penh. Durant 5 ans, E&D et ses partenaires locaux, les ONG Deep, Sovann Phoum et Krousar Yoeung, ouvreront pour une amélioration durable des conditions de vie de 7000 familles défavorisées. 1500 familles bénéficieront d'un suivi individuel, qui les aidera à retrouver confiance en leurs propres capacités. Des activités complémentaires seront développées : maternelles non formelles, soutien scolaire, éducation de base, alphabétisation, éducation à la santé et aux Droits de l'enfant, accès à l'eau potable. Une enquête menée en mars dernier a permis d'identifier avec précision les besoins dans cette région. Ces résultats permettront à E&D d'agir avec efficacité auprès des familles qui en ont le plus besoin. Cette journée de mars a été chaude et sèche. La terre brune donne au paysage son caractère intemporel de sérénité. Il n'est pourtant pas question de torpeur du côté des équipes terrain. Depuis plusieurs semaines, en 4x4, en mobylette, à vélo, ou à pieds, les équipes du nouveau projet arpentent les villages des districts de Basseth et Kong Pisei. Ils n'ont pas une minute à perdre : 129 chefs de village à rencontrer, tous les conseils communaux de la zone à interroger, l'intégralité des écoles et des centres de santé à visiter, et pour finir 662 familles à interviewer. Respectant une méthodologie et des grilles minutieusement élaborées en amont, ils doivent faire preuve de rigueur et de diplomatie. Mais à l'heure des résultats, leur travail est récompensé. L'enquête regorge d'enseignements inestimables qui permettront à E&D de mener son projet avec précision et efficacité. Les premières données récoltées sont d'ordre démographique : Au total, les 110 villages ciblés comptent 56 794 habitants, dont 48% ont moins de 18 ans. Les familles sont généralement composées de 5 à 6 membres. La majorité de la population est bouddhiste, mais on trouve quelques foyers chrétiens et musulmans, notamment dans les communes de Tuol Ampel et Prey Vihear. Sur le plan économique, la situation de ces populations est globalement difficile : 44% des habitants sont pauvres (voire très pauvres), et entre 14 et 27% des jeunes sont sans-emploi. 1/4 des familles vivent dans des maisons entièrement faites de feuilles de palmier et 8% ne disposent d'aucun terrain. Le niveau d'endettement des familles est important : 2/3 d'entre elles ont recours à des prêts, souvent à des taux d'intérêts élevés, principalement pour leurs activités professionnelles. Dans 1/4 des cas, les familles se sont endettées pour avoir accès à la santé. L 'immense majorité de ces foyers vit de la riziculture. Lorsque l'on a demandé aux interviewés de citer leurs problèmes les plus importants, les réponses ont été très variées selon les interlocuteurs. Pour les Conseils communaux, l'accès à l'eau doit être renforcé en priorité ; Pour les chefs de villages, les pénuries alimentaires constituent la principale difficulté mais de leur côté, les familles déplorent la prégnance de leurs problèmes de santé. En effet, le secteur de la santé présente de nombreux défis. Les centres de santé sont parfois éloignés - 35 villages se situent à plus de 5 km du centre de santé le plus proche, ce qui doit être la norme - et les consultations sont chères pour les villageois. La Santé Maternelle et Infantile est médiocre: 45% des femmes ne bénéficient pas de visites prénatales et seulement 28% des accouchements sont assistés par du personnel médical. Au niveau nutritionnel, l'enquête montre que 24% des femmes n'allaitent pas leurs enfants durant les 6 premiers mois. Concernant l'hygiène, 68% des familles boivent de l'eau souillée et 93% ne disposent pas de latrines. Les capacités actuelles en termes d'hydraulique et d'assainissement ont été relevées village par village et les besoins évalués avec les populations locales. L'équipe du projet sait aujourd'hui précisément où elle devra construire puits, les retenues d'eau et prévoir des aménagements autour des points d'eau pour les rendre plus propres. Au niveau de l'éducation, le défi est important : 48% des écoliers sont en retard d'au moins 3 ans sur le programme. 18% des enfants de 6-11 ans ne vont pas à l'école primaire. 53% des adultes sont illettrés (67% des femmes). Face à ces besoins criants, les équipes du projet vont se mettre au travail sans tarder. Mais au préalable, un recensement des activités des autres ONG et organisations internationales dans chaque commune sera fait, afin de ne pas dupliquer les efforts et d'apporter l'aide là où elle est la plus nécessaire. Certaines communes ne reçoivent aucun soutien et, si globalement 25% des familles reçoivent de l'aide des ONG, seulement 30% des familles les plus pauvres bénéficient de ce soutien. Il est donc clair qu'E&D, en ciblant efficacement ces populations dans le besoin, apportera une contribution des plus nécessaires. Mais cette masse d'indicateurs, pour noire qu'elle puisse paraître, ne décourage ni les équipes du projet, ni ceux qui les soutiennent. Et puis la population locale a ses propres forces : quand on interroge les habitants à ce sujet, 66% répondent que la dynamique de leur communauté est leur principal atout. C'est peut être finalement là le principal enseignement à tirer de cette étude : les habitants de ces zones défavorisées comptent surtout sur eux-mêmes pour s'en sortir, avec peut être un petit coup de pouce en plus.
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