Edito
Bulletin n°81 - Septembre 2005

A Batticaloa, tous les ans au mois de juillet, on entendait une sorte de chant sourd venant des eaux, et les habitants de la région l'attribuaient aux poissons qui peuplent le lagon. Cet été, plusieurs mois après le passage dévastateur des vagues du Tsunami, aucun chant n'est venu.

Dès notre arrivée au Sri Lanka, nous avons constaté les blessures profondes de cette population, la présence massive de nombreuses organisations internationales et les pesanteurs institutionnelles tenant à la situation politique extrêmement instable. Il y a là encore actuellement un grand nombre d'ONG disposant de moyens financiers très importants : elles distribuent leur aide aux populations qui, de ce fait, ont du mal à se mettre dans une démarche de prise en charge autonome et durable, alors que la phase d'urgence est terminée. Ceci est vrai sur le plan de l'économie locale totalement désorganisée, de leur santé, de l'éducation des enfants. Le gouvernement, depuis Colombo, fait peser toutes les lourdeurs administratives possibles. De plus, le « cessez-le-feu » à l'Est relève de la fiction : chaque jour les accrochages entre les forces gouvernementales, les Tigres du LTTE et les diverses factions tamoules font régner un climat d'insécurité.

Malgré ces difficultés, notre projet pour les familles victimes du Tsunami avance dans la direction souhaitée par la commune d'Arayampathy et il garde toute sa pertinence par rapport à la situation de fond dans cette région. Nous travaillons conjointement avec ces familles pour élaborer des stratégies de reconstruction sociale, dans l'espoir d'entendre à nouveau peut-être chanter les poissons.

 

 

 

Dominique Sevet

Chef de projet au Sri Lanka

 

 

 

 

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