Nepal : Je rentre à la maison
Bulletin n°81 - Septembre 2005

Sur les 600 enfants suivis par Voice of Children depuis le début du projet, 119 ont été réintégrés en famille. Un succès dont les éducateurs de VOC sont très fiers. A ce jour, une quarantaine d'entre eux sont encore suivis régulièrement.

L'histoire de Ram vous illustre un de ces parcours :« Ram, 13 ans, s'apprête à regagner progressivement le foyer familial après avoir passé près de 3 ans dans la rue et un an et demi à Bisaune, puis au home. Dans la rue, il mendiait près des temples et des sites touristiques pour survivre. Sa première visite au centre d'écoute et d'urgence de Voice of Children remonte à novembre 2002. Mais à cette époque, Ram n'était pas encore prêt à franchir le pas et ce n'est qu'en avril 2004 qu'il a réapparu, décidé cette fois à s'investir dans un projet de réinsertion durable. »

Le retour des enfants en famille est une priorité pour l'équipe d'éducateurs de Voice of Children, chaque fois qu'il est possible, mais il n'en reste pas moins une démarche bien difficile.

La grande pauvreté est le terrain sur lequel se greffent d'autres problèmes plus graves encore: alcoolisme, violence domestique ou sexuelle, conflit relationnel, rejet des enfants du premier lit en cas de remariage, demande des parents à l'enfant d'aller gagner sa vie.

La grande pauvreté est le facteur déclenchant sur lequel se développe plus facilement l'émergence d'une crise relationnelle, ponctuelle ou chronique, entre l'enfant et sa famille, qui amène son départ dans la rue.

Mais la plupart du temps, la situation qui a causé le départ de l'enfant n'a pas changé. La prudence doit donc être de mise, car envisager la réintégration, c'est donner un espoir à l'enfant. C'est une responsabilité qui engage, car tout nouvel échec amènerait à une seconde rupture que l'enfant aurait beaucoup de mal à supporter.

« Mieux vaut une mauvaise famille que pas de famille du tout » : c'est vrai si l'on veut dire par là qu'un enfant a besoin d'une référence familiale forte pour se développer harmonieusement. Cela l'est moins si cette relation détruit l'enfant plus qu'elle ne l'aide à se construire. On trouve ainsi des situations d'enfants qui vont de la simple négligence de la part des parents jusqu'à l'exploitation pure et simple de leur travail et parfois de leur corps Dans certains cas il vaudra donc mieux y renoncer.

Ces enfants qui ont vécu une situation de rupture familiale éprouvent le plus souvent des sentiments ambivalents : d'un côté un sentiment d'abandon, de manque affectif, de l'autre un sentiment de culpabilité d'avoir fui sa famille. Il subsiste ainsi toujours un désir plus ou moins conscient de rétablir un contact, ou bien des liens réguliers, voir un retour en famille.

« Originaire du District de Nuwakot, tout près de Katmandou, la famille de Ram a émigré vers la capitale il y a 15 ans dans l'espoir d'y trouver du travail et un avenir meilleur. Mais pendant longtemps, ils n'ont vécu que d'expédients. Les parents enchaînaient les tâches journalières. Le plus souvent livrés à eux-mêmes, dans l'ombre d'un père alcoolique et violent, les enfants ont dû se prendre en charge pour survivre. Ils ont peu à peu déserté l'école, seule structure stable dans leur vie. Le frère jumeau de Ram a été envoyé à la campagne comme petit ouvrier agricole et ses deux sours ont été placées, l'une comme serveuse, l'autre, comme enfant domestique, tandis que Ram s'est initié aux « plaisirs » de la rue (la liberté et les copains) et a fini par partir ».

Pour envisager une réintégration, il faut du temps. La situation doit être étudiée dans l'intérêt premier de l'enfant en tenant compte de son point de vue et de celui de la famille. Les entretiens ont d'abord lieu séparément afin de voir si une première rencontre est envisageable. Les éducateurs et la psychologue de VOC aident l'enfant à exprimer ses craintes et ses attentes, et à construire son projet d'avenir. Puis, ils organisent des visites de l'enfant dans la famille et de la famille à Bisaune ou dans les maisons d'enfants.  

Parallèlement, un travail d'accompagnement a lieu afin d'aider la famille à reprendre confiance et à améliorer peu à peu ses conditions socio-économiques et matérielles. Les éducateurs identifient avec elle les principaux problèmes (chômage, santé, hygiène, violence, alcoolisme.) et ils s'efforcent ensemble de trouver les solutions adéquates.

« Cette année, Ram et ses parents ont fait de part et d'autre un bout du chemin. Ram a accepté l'idée d'une remise à niveau scolaire afin de pouvoir réintégrer l'école et poursuivre ses études. De son côté, le contexte familial a favorablement évolué : le père de Ram a trouvé un emploi de forgeron, ce qui permet à la famille d'avoir une ressource fixe et régulière. Les parents ont suivi le parcours de Ram au sein de Bisaune et se disent aujourd'hui très heureux de ses progrès et de son changement d'attitude, obtenus au sein de VOC. Récemment, le frère jumeau de Ram est revenu habiter chez ses parents ainsi qu'une de ses sours. Ram rêve que son frère puisse aussi retourner à l'école, en bénéficiant, comme lui de la prise en charge de VOC. Dans un premier temps, les jumeaux étudieront pendant la semaine au home et iront passer les weekend chez eux. Les conditions d'hébergement de la famille sont telles que cette décision parait sage si l'on veut qu'ils poursuivent leurs études. Leur retour est attendu avec impatience par toute la famille car il est visible qu'un lien affectif fort les unit malgré les épreuves traversées. »

 

 

 

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