CAMBODGE : Kirivong
Les pagodes et la participation communautaire
Bulletin n°71 - Octobre 2002

Les actions communautaires en nutrition et santé menées par E&D dans le district de Kirivong, de la province de Takéo au Cambodge s'appuient sur les structures traditionnelles religieuses.

La pluie sur les tôles ondulées, le cri des oies et le chœur des enfants psalmodiant leur leçon emplissent la sérénité de la pagode, sanctuaire pour les Cambodgiens des rizières poussiéreuses alentours. Aujourd'hui toutefois, le Comité de la pagode et les chefs de village ne sont pas réunis pour discuter des affaires courantes, mais pour recevoir une formation en nutrition, hygiène et santé préventive, dispensée par le personnel du Centre de santé.

Cette année, grâce au soutien d'E&D, des groupes d'action sanitaire ont été créés par les bonzes et les dignitaires musulmans dans chacune des 91 pagodes et des 5 mosquées du district de Kirivong. Chaque groupe, comprenant un bonze, l'Achar, une nonne et deux volontaires de pagode, a décidé de mener en collaboration avec le personnel de santé du district des programmes d'éducation à la santé auprès des communautés villageoises afin de les sensibiliser aux pratiques indispensables à la prévention des maladies.

Dans la société rurale khmère, les pagodes ont toujours fait office de structure communautaire. S'y déroulaient des échanges matériels (offrandes de nourriture et dons à la pagode) et spirituels (bien-être, conduite spirituelle et obtention de mérites) entre bonzes et villageois, par l'entremise des comités de pagode. Mais la coutume a aussi voulu que ces comités de pagode prennent en charge les travaux communautaires tels que la construction de hangars à riz, de routes et d'écoles là où il n'y a pas d'école publique, ou encore l'hébergement des plus démunis.

Détruites pour la plupart sous le régime de Pol Pot, les pagodes ont été reconstruites depuis grâce aux donations, et ont à l'évidence retrouvé leur rôle traditionnel de vecteur de participation communautaire. Les bonzes, les Achars et les volontaires des pagodes jouissent auprès de la population d'une autorité morale considérable grâce à l'éducation qu'ils ont reçue et à leur expérience d'enseignants. Ils jouent donc un rôle essentiel dans la mobilisation des villageois et des ressources locales, et les pagodes constituent des lieux tout indiqués pour mettre en place des actions d'éducation à la santé.

La participation des villageois quant à elle permet de garantir un bien meilleur impact du système de santé. Les campagnes d'information et d'éducation sont nécessaires pour obtenir un changement des comportements des parents. Le défi est d'autant plus complexe dans un pays où la majorité des habitants - notamment les femmes - sont illettrés et où les croyances traditionnelles en matière de santé restent très fortement ancrées.

L'enquête menée au début 2002 dans le district de Kirivong concluait que la malnutrition des enfants (8%) était due non pas à un manque de nourriture mais à un manque de connaissances de la part des parents. E&D a donc mis en oeuvre cette année dans ce district une campagne d'information qui touche près de 20 000 enfants et femmes enceintes. Elle s'accompagne d'une distribution de kits contenant du fer, des solutions de réhydratation orale, du soja (aliment à valeur nutritionnelle riche, facile à trouver et peu coûteux), et du savon (pour inciter les villageois à se laver les mains pendant la préparation des repas et prévenir ainsi les risques de diarrhées).


Les bonzes, les Achars et les volontaires des pagodes jouissent auprès de la population d'une autorité morale considérable

Plus de 700 volontaires des pagodes, des mosquées et chefs de village ont été formés en juillet 2002 par 40 personnels des Centres de santé. Les groupes d'action sanitaire des pagodes dispenseront à leur tour cet enseignement au sein des comités villageois, qui, dans un deuxième temps effectueront les formations auprès des familles. Un suivi de l'évolution des comportements est également prévu.

L'enthousiasme des membres des groupes récemment formés est grand. Dans un pays rural comme le Cambodge, le niveau de l'information sanitaire de base est si faible qu'il suffit d'un peu de connaissances de base pour sauver bien des vies.



 

 

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Sommaire du n°71

>Editorial : retrait de Save the Children
>Cambodge : les pagodas et la participation communautaire
>France : Lu dans Le Progrès : " Un coup de jeune pour la gare "
>Cambodge : la formation professionnelle, une école de la volonté
>Outils pédagogiques : l'enfant et son développement
>Compte de résultat 2001

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