Les actions communautaires en nutrition et santé
menées par E&D dans le district de Kirivong, de la province
de Takéo au Cambodge s'appuient sur les structures traditionnelles
religieuses.
La pluie sur les tôles ondulées, le cri des oies et le
chur des enfants psalmodiant leur leçon emplissent la sérénité
de la pagode, sanctuaire pour les Cambodgiens des rizières poussiéreuses
alentours. Aujourd'hui toutefois, le Comité de la pagode et les
chefs de village ne sont pas réunis pour discuter des affaires
courantes, mais pour recevoir une formation en nutrition, hygiène
et santé préventive, dispensée par le personnel
du Centre de santé.
Cette année, grâce au soutien d'E&D, des groupes d'action
sanitaire ont été créés par les bonzes et
les dignitaires musulmans dans chacune des 91 pagodes et des 5 mosquées
du district de Kirivong. Chaque groupe, comprenant un bonze, l'Achar,
une nonne et deux volontaires de pagode, a décidé de mener
en collaboration avec le personnel de santé du district des programmes
d'éducation à la santé auprès des communautés
villageoises afin de les sensibiliser aux pratiques indispensables à
la prévention des maladies.
Dans la société rurale khmère, les pagodes ont
toujours fait office de structure communautaire. S'y déroulaient
des échanges matériels (offrandes de nourriture et dons
à la pagode) et spirituels (bien-être, conduite spirituelle
et obtention de mérites) entre bonzes et villageois, par l'entremise
des comités de pagode. Mais la coutume a aussi voulu que ces
comités de pagode prennent en charge les travaux communautaires
tels que la construction de hangars à riz, de routes et d'écoles
là où il n'y a pas d'école publique, ou encore
l'hébergement des plus démunis.
Détruites pour la plupart sous le régime de Pol Pot, les
pagodes ont été reconstruites depuis grâce aux donations,
et ont à l'évidence retrouvé leur rôle traditionnel
de vecteur de participation communautaire. Les bonzes, les Achars et
les volontaires des pagodes jouissent auprès de la population
d'une autorité morale considérable grâce à
l'éducation qu'ils ont reçue et à leur expérience
d'enseignants. Ils jouent donc un rôle essentiel dans la mobilisation
des villageois et des ressources locales, et les pagodes constituent
des lieux tout indiqués pour mettre en place des actions d'éducation
à la santé.
La participation des villageois quant à elle permet de garantir
un bien meilleur impact du système de santé. Les campagnes
d'information et d'éducation sont nécessaires pour obtenir
un changement des comportements des parents. Le défi est d'autant
plus complexe dans un pays où la majorité des habitants
- notamment les femmes - sont illettrés et où les croyances
traditionnelles en matière de santé restent très
fortement ancrées.
L'enquête menée au début 2002 dans le district de
Kirivong concluait que la malnutrition des enfants (8%) était
due non pas à un manque de nourriture mais à un manque
de connaissances de la part des parents. E&D a donc mis en oeuvre
cette année dans ce district une campagne d'information qui touche
près de 20 000 enfants et femmes enceintes. Elle s'accompagne
d'une distribution de kits contenant du fer, des solutions de réhydratation
orale, du soja (aliment à valeur nutritionnelle riche, facile
à trouver et peu coûteux), et du savon (pour inciter les
villageois à se laver les mains pendant la préparation
des repas et prévenir ainsi les risques de diarrhées).
Les bonzes, les Achars et les volontaires des pagodes
jouissent auprès de la population d'une autorité morale
considérable
Plus de 700 volontaires des pagodes,
des mosquées et chefs de village ont été formés
en juillet 2002 par 40 personnels des Centres de santé. Les groupes
d'action sanitaire des pagodes dispenseront à leur tour cet enseignement
au sein des comités villageois, qui, dans un deuxième
temps effectueront les formations auprès des familles. Un suivi
de l'évolution des comportements est également prévu.
L'enthousiasme des membres des groupes récemment formés
est grand. Dans un pays rural comme le Cambodge, le niveau de l'information
sanitaire de base est si faible qu'il suffit d'un peu de connaissances
de base pour sauver bien des vies.