LAOS
Retour de mission
Bulletin n°70 - Juin 2002

Ma dernière image du Laos sera celle de Chanla, ma collègue infirmière lao, venue, à l'aéroport, me témoigner une dernière fois son amitié. Chanla est infirmière dans le service de Soins Intensifs Pédiatriques de l'hôpital Universitaire de Mahosot à Vientiane. Nous avons fait connaissance, à mon arrivée, lorsque j'ai débuté ma mission pour EED, en qualité de puéricultrice formatrice.

Ma mission consistait à travailler avec ce service à l'élaboration et à la dispense d'une session de formation en néonatalogie à trois hôpitaux régionaux du Laos.
Aucun ouvrage en lao n'existait concernant le nouveau-né. D'ailleurs le nouveau-né malade n'existait pas vraiment aux yeux des équipes médicales.

Les infirmières de Mahosot avaient peu de connaissances concernant les besoins physiologiques spécifiques du nouveau-né aussi il m'est apparu évident qu'avant d'aller former les régions du pays, il fallait former les infirmières de Mahosot.
J'ai donc commencé un travail de fond en allant travailler quotidiennement avec elles et je me suis peu à peu " intégrée " à l'équipe.

Lentement, les choses se sont mises en place et les infirmières sont venues vers moi. A leur demande, nous avons, avec l'aide de l'assistant de projet lao, dispensé 2h de cours/semaine. Ces " cours " traitaient de la théorie, mais surtout amenaient un questionnement sur leurs pratiques quotidiennes.

Il y avait une grande part de pratique et les infirmières se sont prises au jeu.
Il y a eu aussi plusieurs tables rondes sur des sujets comme " les responsabilités de l'infirmière ", " l'éthique de travail ", " le secret professionnel " ( sujet très intéressant au Laos où la notion de confidentialité n'existe pas ).

Nous avons travaillé ensemble sur l'organisation du service, si importante pour assurer un suivi de qualité des enfants (planning des infirmières, tours de transmission au lit des malades, organisation des soins), sur les techniques spécifiques à la réanimation du nouveau-né (élaboration de protocoles propres au service, mise en place d'un salle d'urgence…), sur l'organisation matérielle du service (entretien, maintenance et rangement du matériel donné par EED, fond de roulement en matériel consommable…).

Nous avons élaboré la session de formation en français/lao et sommes parties former les 3 services de pédiatries régionaux du Laos (une région regroupe 4 provinces)

La chambre Kangourou, qui est une chambre d'hospitalisation mère-enfant prématuré où la mère va apprendre, grâce aux infirmières, à subvenir aux besoins particuliers de son bébé, a été installée. De plus, les infirmières du service sont parties se former pendant 1 mois à l'hôpital universitaire de Khon Kaen en Thaïlande. Les cultures thaï et lao étant très proches, ces stages sont d'une richesse inestimable pour une infirmière lao : ils ouvrent des perspectives d'avenir, de ce que pourrait être leur service, de ce qu'il est possible de faire avec les enfants et les parents. Ces stages créent une émulation intellectuelle, un questionnement et là se trouve l'essentiel.

Aujourd'hui, le regard des infirmières sur l'enfant a changé. Ces enfants qu'on ne prenait jamais dans les bras, qu'on ne consolait pas après un soin douloureux, à qui on ne parlait pas, sont maintenant caressés, câlinés et leurs besoins fondamentaux sont pris en compte.

Grâce à ce changement de mentalités, la prise en charge des urgences, ainsi que la surveillance continue des enfants, ont beaucoup progressé.
La chambre Kangourou est toujours occupée et les enfants que j'ai revus en consultation, dont le poids de naissance était aux environs de 1kg, sont de beaux bébés en pleine forme que les parents sont fiers de montrer à leur famille.

Les techniques médicales ont aussi beaucoup évolué, grâce à l'apport de nouveau matériel médical, aux stages des médecins à Khon Kaen et surtout à la venue du Dr Olivier Girard, Néonatalogiste de l'hôpital de Meaux.
A l'occasion de deux missions cette année, il a travaillé avec l'équipe sur des sujets fondamentaux dans un tel service, comme la ventilation assistée ou la surveillance cardio-respiratoire du nouveau-né malade, l'hôpital de Meaux ayant fait don de 5 appareils de cardiomonitoring si nécessaires dans un service de réanimation néonatale.

Grâce à tous les moyens mis en œuvre, ces enfants ont dorénavant une existence à Mahosot qui leur est propre et les soins sont de qualité.

Question : " Tout cela va t'il se poursuivre ? "
La réponse, je l'ai eue lorsque, peu de temps avant mon départ, j'ai pu assister à l'improviste à un cours, donné par Chanla et Bouatong, infirmières du service, aux élèves infirmières en stage.
Le sujet était : " Calcul des doses et administration des antibiotiques. "
Ce cours, je le leur avais dispensé 1 mois auparavant…….

Hélène Cohen Bacri


 




 

 

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Sommaire du n°70

>Editorial : Les droits de l'enfant
>Laos: Retour de mission
>Laos: Deux chirurgiens toulonnais à l'hôpital Mahosot à Vientiane
>Cambodge: Succès et limites du micro-crédit

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