Ma dernière image du Laos sera celle de Chanla, ma collègue
infirmière lao, venue, à l'aéroport, me témoigner
une dernière fois son amitié. Chanla est infirmière
dans le service de Soins Intensifs Pédiatriques de l'hôpital
Universitaire de Mahosot à Vientiane. Nous avons fait connaissance,
à mon arrivée, lorsque j'ai débuté ma mission
pour EED, en qualité de puéricultrice formatrice.
Ma mission consistait à travailler avec ce service à l'élaboration
et à la dispense d'une session de formation en néonatalogie
à trois hôpitaux régionaux du Laos.
Aucun ouvrage en lao n'existait concernant le nouveau-né. D'ailleurs
le nouveau-né malade n'existait pas vraiment aux yeux des équipes
médicales.
Les infirmières de Mahosot avaient peu de connaissances concernant
les besoins physiologiques spécifiques du nouveau-né aussi
il m'est apparu évident qu'avant d'aller former les régions
du pays, il fallait former les infirmières de Mahosot.
J'ai donc commencé un travail de fond en allant travailler quotidiennement
avec elles et je me suis peu à peu " intégrée
" à l'équipe.
Lentement, les choses se sont mises en place et les infirmières
sont venues vers moi. A leur demande, nous avons, avec l'aide de l'assistant
de projet lao, dispensé 2h de cours/semaine. Ces " cours
" traitaient de la théorie, mais surtout amenaient un questionnement
sur leurs pratiques quotidiennes.
Il y avait une grande part de pratique et les infirmières se
sont prises au jeu.
Il y a eu aussi plusieurs tables rondes sur des sujets comme "
les responsabilités de l'infirmière ", " l'éthique
de travail ", " le secret professionnel " ( sujet très
intéressant au Laos où la notion de confidentialité
n'existe pas ).
Nous avons travaillé ensemble sur l'organisation du service,
si importante pour assurer un suivi de qualité des enfants (planning
des infirmières, tours de transmission au lit des malades, organisation
des soins), sur les techniques spécifiques à la réanimation
du nouveau-né (élaboration de protocoles propres au service,
mise en place d'un salle d'urgence
), sur l'organisation matérielle
du service (entretien, maintenance et rangement du matériel donné
par EED, fond de roulement en matériel consommable
).
Nous avons élaboré la session de formation en français/lao
et sommes parties former les 3 services de pédiatries régionaux
du Laos (une région regroupe 4 provinces)
La chambre Kangourou, qui est une chambre d'hospitalisation mère-enfant
prématuré où la mère va apprendre, grâce
aux infirmières, à subvenir aux besoins particuliers de
son bébé, a été installée. De plus,
les infirmières du service sont parties se former pendant 1 mois
à l'hôpital universitaire de Khon Kaen en Thaïlande.
Les cultures thaï et lao étant très proches, ces
stages sont d'une richesse inestimable pour une infirmière lao
: ils ouvrent des perspectives d'avenir, de ce que pourrait être
leur service, de ce qu'il est possible de faire avec les enfants et
les parents. Ces stages créent une émulation intellectuelle,
un questionnement et là se trouve l'essentiel.
Aujourd'hui, le regard des infirmières sur l'enfant a changé.
Ces enfants qu'on ne prenait jamais dans les bras, qu'on ne consolait
pas après un soin douloureux, à qui on ne parlait pas,
sont maintenant caressés, câlinés et leurs besoins
fondamentaux sont pris en compte.
Grâce à ce changement de mentalités, la prise en
charge des urgences, ainsi que la surveillance continue des enfants,
ont beaucoup progressé.
La chambre Kangourou est toujours occupée et les enfants que
j'ai revus en consultation, dont le poids de naissance était
aux environs de 1kg, sont de beaux bébés en pleine forme
que les parents sont fiers de montrer à leur famille.
Les techniques médicales ont aussi beaucoup évolué,
grâce à l'apport de nouveau matériel médical,
aux stages des médecins à Khon Kaen et surtout à
la venue du Dr Olivier Girard, Néonatalogiste de l'hôpital
de Meaux.
A l'occasion de deux missions cette année, il a travaillé
avec l'équipe sur des sujets fondamentaux dans un tel service,
comme la ventilation assistée ou la surveillance cardio-respiratoire
du nouveau-né malade, l'hôpital de Meaux ayant fait don
de 5 appareils de cardiomonitoring si nécessaires dans un service
de réanimation néonatale.
Grâce à tous les moyens mis en uvre, ces enfants
ont dorénavant une existence à Mahosot qui leur est propre
et les soins sont de qualité.
Question : " Tout cela va t'il se poursuivre ? "
La réponse, je l'ai eue lorsque, peu de temps avant mon départ,
j'ai pu assister à l'improviste à un cours, donné
par Chanla et Bouatong, infirmières du service, aux élèves
infirmières en stage.
Le sujet était : " Calcul des doses et administration des
antibiotiques. "
Ce cours, je le leur avais dispensé 1 mois auparavant
.
Hélène Cohen Bacri