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LAOS
De Bokéo, au fil de l'eau
Bulletin n°69 - Mars 2002
L'année aura tourné autour de cet élément
essentiel du développement
des minorités ethniques de Bokéo, zone rurale reculée
au Nord-laos.
L'eau détermine toutes les autres étapes du développement
sanitaire : faire bouillir l'eau afin qu'elle soit potable, pouvoir
se laver les mains, se brosser les dents, utiliser des latrines, baigner
les bébés, accoucher avec un minium d'hygiène
autant de choses qu'il serait illusoire de proposer sans l'approvisionnement
en eau propre.
Amener les villageois à construire des latrines alors qu'ils
n'ont pas l'eau, reviendrait à imposer aux femmes de transporter
chacune 5 litres d'eau supplémentaires chaque jour, parfois sur
plus d'un kilomètre de côte car l'eau des rivières
se trouve bien sûr au fond des vallées et les habitations
sur les crêtes !

De l'eau propre et claire c'est cela dont tous les villageois rêvent
car, de l'eau, ils en ont déjà un peu, sinon il n'y aurait
pas de village. L'idéal, c'est l'eau courante, quelle belle expression,
proche, même si les villageois n'auront, au final, qu'un seul
point d'eau pour 20 familles logeant dans un périmètre
de 100 mètres.
Sur plus de 50 villages auxquels SCF/EED apporte son soutien à
Bokéo, la moitié n'a pas encore accès à
l'eau propre. La solution réside le plus souvent dans l'installation
d'un "réseau gravitaire", un réseau de canalisations
qui captent l'eau d'une source ou parfois d'une rivière, située
à plusieurs kilomètres de là, en hauteur et l'eau
descend par gravité
d'où le nom de " gravitaire
" Souvent très longs, ces réseaux ont un coût
élevé.
Nous venons donc de terminer, après 4 mois de travail, la construction
d'un réseau gravitaire sur le district de Muang Meung, dans la
zone de Padam. Ce réseau, qui mesure plus de 8 kilomètres
et comprend un réservoir, un barrage et 2 bassins de décantation,
dessert 4 villages soit 800 habitants, plus de 1000 dans 10 ans car
il faut prendre en considération la croissance démographique
inévitable pour agir sur le long terme.

Coût : 15 000 Euros, ce qui est une somme très importante
pour SCF/EED et pour les villageois. Au regard de la moindre installation
d'une Compagnie des Eaux en Europe, c'est bien peu, presque rien. Ceci,
sans compter le labeur des populations, les difficultés d'acheminement
dans ces régions reculées, sans route, ni même piste
30 tonnes de matériel qui arrivent en bateau, remontant
le Mékong sur plus de 100 kilomètres.
Quelle belle aventure collective à laquelle tous les habitants
ont activement participé, chaque jour pendant plus de trois mois.
Quelle joie aussi, quand pour la première fois l'eau a jailli
aux bornes fontaines des villages
et quels changements, par la
suite, dans chaque village.

Le matériel arrive en bateau sur le Mékong,
les villageois l'acheminent ensuite dans leurs régions reculées.
Les villageois, qui eux-mêmes contribuent à hauteur de
l'équivalent d'un Euro en espèce par habitant, ici ou
le PNB est l'un des plus bas du monde ne sont pas indifférents
à ceux qui, par leur contribution financière, individuelle
ou collective, leur permettent un tel décollage et leur offrent
pareil tremplin sur le long chemin du développement. Bien qu'illettrés
pour la plupart et ne parlant que le dialecte local, ils connaissent
maintenant ce pays si loin , la France , Pathet Farang comme on dit
en lao et ils vous disent " merci "
Michel Allard
Responsable du programme de SSP de Bokéo.
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